MICHEL PSELLOS


MICHEL PSELLOS
MICHEL PSELLOS

MICHEL PSELLOS (1018-1078)

Écrivain byzantin, dont la vie fut agitée, scandée par les remous politiques et ses propres ambitions. Tantôt il prend la défense de Michel Cérulaire, tantôt il l’accuse, selon l’opportunité. Pourtant, peu d’hommes ont joué un rôle aussi important, dans la vie intellectuelle de Constantinople au XIe siècle, que ce personnage à l’esprit encyclopédique mais ferme.

Sa formation fut celle d’un autodidacte que les dons et l’attention d’une mère cultivée, Théodote, conduisirent rapidement aux dignités de la cour, sous Michel V le Calfat (1041-1042), puis sous Constantin IX Monomaque (1042-1055): il obtint en 1045, avec le titre de consul des philosophes, la chaire de philosophie à l’université, que venait de restaurer Constantin, et se lia avec Jean Mavropous, Nicétas de Byzance, Constantin Likhoudès, Jean Xiphilin de Trébizonde et Isaac Comnène, dont il s’assura la protection.

L’arrivée du cardinal Humbert et des légats de Léon IX au cours du conflit qui opposa l’Orient à l’Occident l’amena à prendre parti contre Michel Cérulaire: il tomba, de ce fait, en disgrâce et fit un bref séjour au couvent du mont Olympe sous le nom de Michel, qui dès lors lui resta attaché. L’impératrice Théodora (1054-1056) le rappela à la cour et lui procura de nouveau une chaire, qu’il occupa jusqu’à sa seconde disgrâce, sous Michel VII Parapinace, lequel avait été pourtant son disciple. Ses œuvres, qui comptent de très nombreux opuscules, sont pour la plupart des ouvrages de circonstance, dont le plus important est une Chronographie anecdotique et philosophique de l’empire de Byzance entre 976 et 1077. Nombre de ses écrits ont trait aux questions politiques et religieuses du temps: panégyriques ou blâmes d’hommes de son entourage; oraisons funèbres, celle de son ami Jean Xiphilin, par exemple; réflexions sur des questions théologiques, telles que l’impeccabilité de la Vierge ou la procession de l’Esprit-Saint; remarques sur Basile, Grégoire de Nysse ou Jean Chrysostome, sur les dogmes ou le Cantique des cantiques; homélies sur l’Annonciation ou les miracles.

Mais la pensée philosophique de Michel Psellos, préparée par l’humanisme qui régnait à Byzance depuis Photius, peut être regardée comme le point de départ du courant platonicien qui, par Pléthon et Bessarion, s’est diffusé dans l’Italie de la Renaissance pour atteindre l’Occident tout entier. Disciple du grand mélode Jean Mavropous d’Euchaita, qui priait Jésus d’épargner Platon pour sa proximité avec la foi évangélique, Psellos se fit le défenseur de celui-ci et de ses successeurs, notamment Proclus: «Je me suis dirigé, écrit-il, vers Plotin, Porphyre et Jamblique pour m’arrêter à l’admirable Proclus comme dans un vaste port. C’est lui qui m’a fourni la science.» Partisan de l’harmonie de la forme et du contenu, de l’union entre la rhétorique et la philosophie, il ordonna le programme d’études de l’université de Constantinople, qu’il dirigea pendant plusieurs années: au trivium il fait succéder le quadrivium , qui comprend les sciences énumérées par le livre VI de la République ; cette deuxième étape conduit cependant non à la dialectique, comme le recommande Platon, mais à la logique et à la physique d’Aristote, puis à la philosophie et à la métaphysique, ces dernières s’ordonnant finalement à la théologie. Prolongeant ainsi la tradition des Pères cappadociens, Psellos voit dans la philosophie grecque, et même dans les poèmes d’Orphée ou les oracles chaldéens, la préparation du christianisme. Le néo-platonisme de Proclus a ici son importance, au sujet duquel le maître byzantin écrit: «Mon seul mérite consiste en ce que j’ai recueilli quelques doctrines philosophiques puisées à une source qui ne coulait plus.» De Proclus, comme de Platon et de Plotin, il veut retirer «l’enveloppe profane et exhumer l’esprit qui y est caché et qui luit comme une perle».

Hostile cependant à l’aberration que présente certaine théurgie néo-platonicienne (il s’en prend notamment aux croyances magiques de Michel Cérulaire), Psellos défend le rôle de la raison et des sciences dans l’explication des faits, mais selon un rationalisme qui fait sa place à l’allégorie, lorsque l’esprit, par exemple, s’approche de la substance divine. Tout en voyant dans les Grecs des chrétiens qui s’ignorent et en continuant la tradition patristique, il a donc apporté au monde byzantin une synthèse nouvelle, hardie pour le contexte, dans laquelle la philosophie, conçue comme recherche de la vérité, ne fait que révéler à l’homme l’ordre que suit la nature, par l’effet de l’acte divin.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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